Pénurie de semi-conducteurs – une situation inédite

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Depuis la fin de l’année 2020, des perturbations au sein de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs pour l’industrie automobile, ont été identifiées. La pression s’est accrue alors que l’industrie automobile se remettait peu à peu du confinement et de l’arrêt brutal des productions du premier semestre 2020. Ce redémarrage s’est heurté à la demande croissante du secteur de l’électronique grand public dans son ensemble, qui redémarrait lui-même fortement et qui en fin d’année, faisait des stocks pour la période des fêtes.

La pénurie de semi conducteurs

Une série d’événements impactants

D’abord un tremblement de terre au Japon qui met à l’arrêt l’usine du 1er fabricant japonais, Renesas Electronics, avec pour conséquence trois jours sans produire.

Ensuite, une vague de froid s’abat sur les Etats-Unis et plus précisément dans la région d’Austin, Texas. Là où se trouvent plusieurs usines de fabrication de semi-conducteurs, celle de NXP, l’un des leaders du marché et celle de Samsung, un autre poids lourd. Là aussi, une mise à l’arrêt et surtout, il faudra au minimum un mois pour relancer la machine.

Dernière catastrophe en date : vendredi 19 mars, l’usine de Renesas Electronics, dans le nord-est du Japon, est une nouvelle fois stoppée, cette fois en raison d’un incendie. Une machine a pris feu à cause d’un défaut électrique. Résultat : là aussi, il faudra au moins un mois pour relancer la production.

Quelles conséquences sur l’industrie automobile ?

En raison de ces pressions, les constructeurs de véhicules légers ont constaté une augmentation des perturbations dans l’approvisionnement des systèmes utilisant des semi-conducteurs au premier trimestre 2021.

D’après les dernières informations sur l’état de la chaîne d’approvisionnement, la perturbation atteindra un pic au deuxième trimestre 2021.

Les constructeurs japonais Toyota, Honda et Nissan réfléchissent à revoir leur plan de production à la baisse pour 2021. Les usines françaises sont au ralenti. Des usines Renault et PSA ont été contraintes d’interrompre momentanément la production, faute de livraisons suffisantes.

Aux Etats-Unis, la pénurie pourrait coûter jusqu’à 2,5 milliards de dollars à Ford. Au global, elle devrait amputer la production mondiale de 670.000 véhicules au premier trimestre, selon IHS Markit.

Un contexte particulier

Dans le secteur de l’électronique, la situation géopolitique est rendue incertaine par le bras de fer entre Chine et Etats-Unis. Cette escalade diplomatique et économique est susceptible d’altérer la nature des rapports internationaux et de changer le cours de la mondialisation. La Chine se trouve confortée dans son objectif d’autosuffisance technologique sur 70% des composants et matériaux clés à l’horizon 2025, ce qui remettra nécessairement en cause les équilibres actuels, sans qu’il soit possible de quantifier aujourd’hui les impacts sur le marché mondial.

La situation, peu à peu, va se résorber courant 2021. Mais ces difficultés ont fait l’effet d’une piqûre de rappel : sans montée en puissance de l’Europe, le marché des semi-conducteurs pourrait structurellement devenir de plus en plus tendu.

Pour éviter des pénuries à répétition et réduire la dépendance à l’Asie, l’Europe cherche désormais à renforcer sa filière. En décembre, 16 pays de l’UE (dont la France) ont annoncé préparer une « alliance industrielle » pour renforcer les capacités européennes « dans la conception et la fabrication de puces ». Selon Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur, entre 20 milliards et 30 milliards d’euros d’investissements seraient nécessaires pour lancer l’Europe sur la piste des semi-conducteurs de dernière génération.

Voir ou revoir le replay du webinaire : Pénurie de Composants, impact sur la filière automobile – Comment sécuriser son sourcing ?

Sources:

IHS Markit, FIEV, ACSIEL, Les Echos

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