IA et industrie : dépasser les promesses pour créer de la valeur concrète

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À l’occasion du salon RSD3 le 21 avril à valence, CARA, Vilesta et Grenoble INP – ESISAR ont réuni industriels, experts et acteurs de l’innovation autour d’un enjeu central : comment transformer le potentiel de l’intelligence artificielle en leviers de performance industrielle concrets.

Cette rencontre a permis de croiser deux approches complémentaires :

  • une lecture experte et scientifique des usages de l’IA en industrie (Jean‑Baptiste CAIGNAERT, enseignant en informatique – Grenoble INP‑ESISAR, UGA) ;
  • et une présentation des dispositifs d’accompagnement et de financement mobilisables, notamment via le projet européen MINASMART (EDIH), avec l’intervention de Charles REBOUL (Grenoble INP – ESISAR UGA) et Céline GRANGE-FAIVRE (CARA).

L’iA en industrie : une réalité à clarifier

Premier constat partagé : l’IA n’est pas une solution miracle. Il s’agit avant tout d’un ensemble d’outils au service de problématiques métiers clairement définies. Deux niveaux d’usage se distinguent :

➡️ L’iA « micro » : améliorer l’efficacité opérationnelle

Les applications dites “micro” regroupent :

  • les assistants conversationnels,
  • la génération automatique de rapports,
  • l’automatisation de tâches répétitives.

Elles permettent des gains de productivité rapides et ciblés, mais leur impact reste localisé. Elles constituent néanmoins une première étape vers l’automatisation.

➡️ L’IA « macro » : transformer les processus industriels

À l’inverse, l’IA “macro” vise une transformation en profondeur des processus industriels en s’appuyant sur les données spécifiques de l’entreprise. Elle repose sur une collaboration étroite entre :

  • la direction (vision stratégique),
  • les experts métiers (connaissance terrain),
  • les équipes IT et data.

Cette approche permet de développer des solutions sur mesure à fort impact.

Retours d’expérience : quand l’IA crée de la valeur 📈

Deux cas concrets ont illustré le potentiel de l’IA “macro”.

Cas n°1 : Réduction du taux de non-qualité en injection plastique

Une entreprise spécialisée dans l’injection plastique a engagé une démarche structurée :

  • Modélisation des processus et identification des données pertinentes avec les différents services,
  • Consolidation des données : paramètres machines, typologie de pièces, temps de cycle, planning opérateurs, conditions météo, pression, etc.

Au total, une soixantaine de paramètres ont été analysés.

L’IA a permis d’identifier des corrélations complexes invisibles à l’œil humain, offrant une meilleure compréhension des causes de défauts et des leviers d’amélioration qualité.

Cas n°2 : Évaluation de la faisabilité de pièces métalliques

Dans une PME de métallurgie, la faisabilité d’une nouvelle pièce impliquait jusqu’ici : des investissements de plusieurs dizaines de milliers d’euros, plusieurs semaines de délai, et des écarts de chiffrage pouvant atteindre 40 % selon les opérateurs.

Une preuve de concept a permis de développer une application d’IA intégrant :

  • les règles métiers,
  • les contraintes d’usinage,
  • les paramètres de production.

L’outil fournit désormais une réponse fiable (faisable / non faisable) avec un niveau de confiance.

Résultats de cette application ? 🤔

  • Des réduction concernant les incertitudes,
  • une homogénéisation des décisions,
  • des gains de temps significatifs.

Les conditions de succès : la data au cœur de l’IA 🧠

Un consensus fort s’est dégagé : environ 80 % de la réussite d’un projet IA repose sur des facteurs non technologiques.

Sur quels fondamentaux s’appuyer ?

  • Définir précisément le problème métier
  • Impliquer les experts terrain
  • Assurer la qualité et la structuration des données

Sans données fiables, les résultats sont biaisés. Le machine learning repose en effet sur la capacité à détecter des corrélations… qui doivent être interprétées avec prudence.

Quels sont les pièges à éviter ?

  • Corrélation ≠ causalité : Un modèle peut détecter qu’un paramètre A est souvent associé à un défaut B, mais cela ne signifie pas que A cause B
  • Biais historiques : Les données peuvent refléter des réglages par défaut non optimaux ou des pratiques passées qui ne sont plus pertinentes.
  • Variables non prises en compte (usure, environnement…) : Certaines contraintes, comme l’usure des outils ou des conditions environnementales, peuvent ne pas être prises en compte dans les données, faussant ainsi les prédictions.
  • Mauvaise interprétation des résultats

L’IA ne remplace pas l’expertise humaine : elle l’amplifie.

Quelle méthodologie rigoureuse pour maximiser l’impact ?

Pour structurer un projet IA et en maximiser la valeur :

1️⃣ Cibler un besoin concret et mesurable

2️⃣ Vérifier la pertinence de l’IA (vs méthodes classiques)

3️⃣ Travailler la qualité des données

4️⃣ Associer les experts métiers à chaque étape

5️⃣ Itérer en continu pour améliorer les modèles

MINASMART : passer de l’intérêt à l’action

L’un des enjeux clés pour les entreprises reste l’activation concrète des projets IA.

Le projet européen MINASMART (EDIH) propose un parcours structuré pour les PME industrielles.

Un accompagnement en 4 étapes

  • Diagnostic de maturité IA
  • Identification de cas d’usage
  • Expérimentation via des démonstrateurs
  • Industrialisation et passage à l’échelle

Objectifs

  • améliorer les processus industriels,
  • valoriser les données existantes,
  • développer de nouveaux services,
  • sécuriser les projets d’innovation.

Un écosystème mobilisable

Il existe une diversité de dispositifs accessibles pour l’accompagnement (diagnostics IA/data, programmes Industrie du Futur, POC…) et les financements (France 2030, appels régionaux, Horizon Europe…). Cette palette d’outils permet de couvrir toutes les étapes, de l’idée à l’industrialisation.

Cet article a été rédigé en partenariat par :