Les mobilités à l’épreuve des grandes ruptures: comprendre pour mieux agir

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Face aux transitions environnementales, technologiques et sociétales, les acteurs de la mobilité évoluent dans un contexte marqué par l’incertitude. Dès lors, comment imaginer des solutions capables de répondre aux attentes des usagers tout en restant robustes face aux transformations à venir ?

➡️ C’est autour de cette question que plusieurs experts issus de l’industrie, de la recherche, de l’enseignement supérieur et des territoires ont confronté leurs visions lors d’une table ronde organisée dans l’écosystème CARA.
Les échanges ont réuni Vincent Pacini (CNAM), Jean-Marc Ducros (Iveco), Eric Chareyron (Keolis), Olivier Klein (LAET), Carline Huet (emlyon business school), Romain Fihey (INSA Lyon), sous l’animation de Nicolas Mousset (Université Gustave Eiffel). 

La prospective, un outil d’action plus que de prédiction

Les réflexions ont rappelé que la prospective ne consiste pas à prédire l’avenir, mais à éclairer les décisions présentes. Dans un environnement où les ruptures technologiques, réglementaires et sociétales se multiplient, elle permet d’identifier les tendances de fond, les fragilités et les opportunités afin d’orienter les stratégies d’innovation et de développement. 

Un message fort a traversé les échanges : plus l’incertitude progresse, plus les organisations doivent rechercher la robustesse de leurs modèles plutôt qu’une simple optimisation de la performance.

« 90% de ce qui sort, ce sont des menaces, et seulement 10% des opportunités. »

«Plus l’environnement est incertain, plus il faut privilégier la robustesse plutôt que la performance.»

Des mobilités en pleine recomposition

La transition énergétique demeure un moteur majeur de transformation, avec l’essor rapide de l’électromobilité et l’intégration croissante du logiciel et de la donnée dans les véhicules. Mais au-delà de l’innovation technologique, les participants ont souligné l’importance de maintenir un lien étroit avec les usages réels et les contraintes économiques des opérateurs. 

L’acceptation d’une innovation ne repose plus uniquement sur ses performances techniques : elle dépend également de sa pertinence, de sa simplicité d’usage et de sa capacité à répondre à un besoin concret. 

Des usages qui évoluent plus vite que les modèles

Les modes de vie ont profondément changé ces dernières décennies : diversification des rythmes quotidiens, essor du télétravail, multiplication des motifs de déplacement et nouvelles attentes en matière de confort ou de sécurité. 

Cette évolution interroge des modèles d’analyse encore largement construits autour des logiques de déplacements domicile-travail. Les experts ont souligné la nécessité de renouveler les approches pour mieux comprendre les comportements contemporains et concevoir des services adaptés à cette nouvelle réalité.

« Le travail ne représente qu’environ 20% des déplacements. »

« Il faut changer de lunettes : nos modèles datent des années 70. »

Penser la mobilité à l’échelle des territoires

Les échanges ont également mis en évidence l’importance du facteur territorial. Les problématiques de mobilité diffèrent fortement entre les grandes métropoles, les territoires périurbains et les espaces ruraux.

Cette diversité appelle des réponses adaptées aux contextes locaux. Les solutions de mobilité ne peuvent plus être conçues selon une logique unique : elles doivent prendre en compte les spécificités des territoires, les attentes des habitants et les réalités économiques locales.

« Plus de 20 millions de personnes vivent dans des territoires hors grandes métropoles. »

« On ne peut pas penser les mobilités sans penser les territoires et les usages individuels »

Construire des solutions plus inclusives

Le vieillissement de la population, l’évolution des structures familiales et les fragilités économiques croissantes posent de nouveaux défis. Les participants ont insisté sur la nécessité de développer des systèmes de mobilité accessibles au plus grand nombre et intégrant les dimensions sociales, économiques et numériques de l’inclusion.

L’innovation ne peut ainsi être pleinement pertinente que si les futurs utilisateurs sont pris en compte dès les premières étapes de conception. Cette approche de co-construction apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle de réussite.

« Aujourd’hui, on nous apprend à intégrer les usages et les sciences humaines dans la conception. »

Le rôle fédérateur de CARA

En réunissant entreprises, centres de recherche, établissements d’enseignement supérieur, étudiants et acteurs territoriaux, CARA joue un rôle clé pour favoriser le dialogue entre disciplines et encourager l’émergence de visions partagées.

Cette capacité à croiser les expertises permet d’aborder les enjeux de mobilité dans toute leur complexité et d’accompagner les transitions à l’œuvre à travers une compréhension globale des défis industriels, humains et territoriaux.

À retenir

Les travaux menés lors de cette table ronde convergent vers une même conviction : la mobilité de demain ne sera pas uniquement une question de technologie. Elle reposera sur un équilibre entre innovation, accessibilité, sobriété, inclusion et ancrage territorial. La prospective constitue ainsi un levier précieux pour éclairer les décisions d’aujourd’hui et construire collectivement des systèmes de mobilité plus résilients et plus désirables.

« Il ne s’agit pas de prévoir l’avenir, mais de faire dialoguer présent et futur pour construire un avenir désirable. »

Retrouvez l’intervention de Vincent PACINI

Diffusée en amont de l’Assemblée Générale, cette intervention de Vincent PACINI, enseignant-chercheur au Conservatoire nationale des arts et métiers, permet une prise de recul nécessaire permettant d’analyser le secteur pour mieux le comprendre et ainsi prendre les meilleurs décision.

Les contenus d’experts réalisés par CARA sont élaborés à partir des échanges avec nos experts.
Ils ne représentent qu’une synthèse et ne retranscrivent pas les discussions dans leur intégralité.