Fin des moteurs thermiques: les enjeux de la recharge pour les véhicules électriques en Auvergne-Rhône-Alpes

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Longtemps réticents à adopter la voiture électrique, les constructeurs automobiles ne jurent désormais plus que par la batterie. Plusieurs d’entre eux voient même le pur lithium ion représenter la majorité, sinon la totalité de leurs ventes à plus ou moins brève échéance.

Avec les annonces historiques de ces dernières semaines, les prévisions s’élèvent à près de 4 millions de voitures électriques en 2030 en Europe, sur la base des chiffres de 2019. 

De mois en mois et malgré la crise sanitaire, les chiffres de ventes de véhicules électriques s’envolent. Ainsi, après avoir représenté 12,4 % des ventes de voitures neuves en 2020, les voitures électriques ont représenté 16 % du marché en Europe de l’Ouest au premier trimestre de 2021. Au niveau français, la région Auvergne Rhône Alpes représente 13,5% des immatriculations.

Le moteur thermique bientôt banni dans plusieurs pays

Mais si les constructeurs européens se convertissent de manière accélérée au lithium ion, c’est aussi et surtout parce que l’horizon réglementaire du moteur thermique s’est singulièrement obscurci ces derniers mois, en particulier en Europe. Les interdictions pures et simples, tout d’abord, se multiplient. La Norvège compte interdire dès 2025 la vente de voitures neuves dotées de moteurs à combustion. Le Royaume-Uni va l’imiter en deux temps (2030 puis 2035).

Les Pays-Bas, le Danemark, la Suède ou la Slovénie sont sur la même pente. En France, le terme des ventes de moteur à combustion est programmé pour 2040, mais un certain nombre de métropoles veulent prendre les devants. Paris compte interdire en 2024 la circulation des voitures diesel , et n’autorisera que l’électrique ou l’hydrogène en 2030. Lyon, Strasbourg ou encore Grenoble ont adopté des démarches similaires. Autant d’initiatives qui réduisent le potentiel commercial du moteur thermique.

Mais la pression vient aussi de Bruxelles. Le « Green Deal » , projet qui vise à amener l’Union à la neutralité carbone en 2050, affecte évidemment l’industrie automobile. La Commission réfléchit à haute voix à une interdiction des moteurs thermiques sur les nouveaux modèles en 2035. Mais cette échéance pourrait survenir de facto des années plus tôt.

Cette fin anticipée du moteur thermique est une bonne nouvelle pour la planète… à condition qu’elle soit soutenable.

« Nous ne contestons pas la tendance, mais attention au mirage de la solution unique. Il n’y a, à ce stade, aucune certitude que l’électrique, même appuyé par l’hydrogène , puisse couvrir tous les cas d’usage. Il y a également une question de rythme : attention à ne pas déstabiliser à l’excès la filière moteurs, qui représente 55.000 emplois en France. »

Marc Mortureux, directeur général de la PFA Automobile et Mobilités, représentant des industriels du secteur en France.

Opportunité et enjeu en Auvergne-Rhône-Alpes

Avec l’accélération des ventes de véhicules électriques, l’enjeu de l’accès à un réseau d’infrastructures de recharges public adapté devient de plus en plus crucial si on ne veut pas ralentir cette dynamique. Les chiffres à fin décembre montrent que la région est en tension avec plus de 15 véhicules par point de recharge ouvert au public, chiffres qui atteignent plus de 30 pour le Rhône et plus de 80 pour la Haute-Loire. Ainsi, il existe actuellement seulement 2 stations de recharge rapide dans la ville de Lyon dans un contexte où la mise en place de la ZFE (Zone à Faibles Emissions) prévoit une sortie du diesel d’ici 2026, situation qui devrait toutefois s’améliorer avec le déploiement du réseau Izivia Grand Lyon.

C’est dans ce cadre que la Région Auvergne-Rhône-Alpes et l’ADEME, avec le soutien du pôle de compétitivité CARA ont réalisé un état des lieux de la mobilité électrique afin de connaître les taux d’équipements en infrastructure de recharge pour véhicules électriques (IRVE) et comprendre les freins et besoins des acteurs et des usagers de la mobilité électrique en vue de l’élaboration d’une feuille de route régionale. Il en est ressorti la nécessité de renforcer l’offre en particulier dans les zones urbaines denses (50 000 hab. et plus), en copropriétés, sur le lieu de travail ainsi que les dispositifs du type « bornes à la demande » sur le domaine public (parkings, ZAE).

Le cas des copropriétés

La très grande majorité des électromobilistes effectuent la recharge principale de leur voiture électrique à domicile (environ 90 % d’entre eux ont cette possibilité parce qu’ils vivent en maison individuelle). Pouvoir disposer d’une solution de recharge en copropriété est donc un véritable enjeu

pour le développement de l’électromobilité dans les zones urbaines. Pour cela, la Loi Orientation des Mobilités a introduit une nouvelle obligation pour les copropriétés d’examiner en Assemblée générale, avant le 1er janvier 2023, l’opportunité de réaliser une étude portant sur l’adéquation des infrastructures électriques existantes aux équipements de recharge et des travaux éventuels à réaliser à cet effet. Une étude de dimensionnement réalisée par un bureau d’études qualifié IRVE est donc recommandée pour vérifier la capacité de puissance disponible, certains aspects de sécurité et les contraintes éventuelles de mise en œuvre en fonction des architectures techniques.

Le cas des parkings publics

Le déploiement d’IRVE dans les parkings publics et les parkings-relais est également indispensable pour répondre aux besoins des utilisateurs. Afin de l’accélérer, la loi Climat et Résilience prévoit une extension de l’obligation d’installation d’IRVE des parcs de stationnement des bâtiments non résidentiels aux parcs de stationnement en ouvrage gérés par les collectivités locales, par une délégation de service public, en régie ou via un marché public, au plus tard au 1er janvier 2025. La mise en place de ces infrastructures peut représenter un investissement significatif, c’est pourquoi Mobelec propose désormais, dans le cadre d’un partenariat avec Mob-Energy, des études sur la base d’un logiciel de simulation ME-Analytics® qui permet de créer un jumeau numérique des parkings et de simuler différents scénarii d’électrification optimisés.

La région Auvergne-Rhône-Alpes peut également se féliciter d’avoir, avec les startups lyonnaise Mob-Energy et grenobloise Gulplug, des solutions innovantes permettant d’optimiser les investissements en mutualisant les points de charge dans les parkings publics et ainsi d’accélérer l’équipement des parkings en France et en Europe.

Rédigé avec le soutien de Walter van Hecke, Président de MOBELEC

Source: Les Echos