Transport routier de marchandises : coopérer davantage
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Transport routier de marchandises : coopérer davantage pour accélérer la décarbonation et préserver notre souveraineté industrielle
Le 22 octobre, CARA était présent à Gerland à l’occasion de la Journée de la filière Véhicule industriel organisée par la Fédération Française de Carrosserie, en amont du salon Solutrans prévu en 2027. Au programme, trois tables rondes ont permis de mieux comprendre les évolutions qui redessinent actuellement le transport routier de marchandises. En présence des constructeurs, transporteurs, énergéticiens, chargeurs, équipementiers et fournisseurs de solutions, une conviction s’est imposée au fil des débats : la réussite de la transition énergétique dépendra autant de la capacité des acteurs à coopérer que de leur faculté à innover.
Ce que CARA à retenu des tables rondes pour vous

Une électrification qui entre dans une nouvelle phase
Pendant plusieurs années, les discussions sur l’électrification des poids lourds ont principalement porté sur les performances des véhicules : autonomie, capacité des batteries, puissance de recharge ou encore fiabilité des équipements.
Aujourd’hui, ces questions demeurent importantes, mais elles ne constituent plus le principal sujet de préoccupation.
Les retours d’expérience se multiplient et montrent que les technologies sont désormais suffisamment matures pour répondre à un nombre croissant d’usages. Les constructeurs présents ont rappelé les investissements considérables réalisés ces dernières années pour développer des gammes adaptées aux besoins des transporteurs, tandis que plusieurs opérateurs ont confirmé l’intérêt grandissant de leurs clients pour les solutions de mobilité décarbonée.
Un changement de regard s’opère progressivement : le véhicule électrique n’est plus seulement perçu comme une innovation, mais comme un outil susceptible de répondre à des contraintes réglementaires, environnementales et économiques de plus en plus fortes.
Retrouvez le replay de la table ronde sur la thématique « Batteries et recharge : quels défis pour l’électrification du transport ?«
Le coût total de possession devient le véritable juge de paix
L’un des messages les plus marquants de cette rencontre concerne l’évolution des critères de décision.
Si le prix d’achat d’un camion électrique reste supérieur à celui d’un véhicule diesel, les acteurs de la filière insistent désormais sur la nécessité de raisonner en coût total de possession (TCO – Total Cost of Ownership). Consommation énergétique, maintenance, fiscalité, dispositifs d’accompagnement, valeur résiduelle et coûts liés aux infrastructures doivent être intégrés dans l’analyse.
Cette approche permet de dépasser une lecture uniquement centrée sur le prix d’acquisition pour intégrer l’ensemble des coûts supportés pendant la durée de vie du véhicule.

À mesure que les aides se structurent et que l’expérience opérationnelle progresse, les conditions économiques de certains projets deviennent de plus en plus favorables. Les participants ont ainsi souligné que les décisions d’investissement se construisent désormais autour de modèles économiques globaux, intégrant l’énergie, les infrastructures et l’exploitation quotidienne des véhicules.
Cette question du prix a également été discuté lors de la table ronde intitulée : « Transporteurs, chargeurs, consommateurs : qui doit payer la transition énergétique du transport ?«
Reconditionnement des véhicules industriels : quand la fin de vie devient un enjeu écologique et économique
Au-delà des enjeux liés aux nouvelles motorisations, une séquence particulièrement riche a été consacrée à l’économie circulaire et au reconditionnement des véhicules industriels. Un sujet qui illustre parfaitement l’évolution des modèles industriels à l’œuvre dans le secteur.
À mesure que les exigences environnementales se renforcent et que les tensions sur les matières premières s’accentuent, les industriels s’interrogent sur la manière de prolonger la durée de vie des véhicules et de leurs composants. Une évolution qui traduit le passage progressif d’une logique de remplacement à une logique de valorisation des ressources existantes.
Pour Pierre Masclet, de Renault Trucks, le sujet dépasse largement la seule question environnementale. Il constitue également un enjeu industriel majeur pour préserver la valeur des équipements, sécuriser les approvisionnements et proposer de nouvelles solutions aux transporteurs.
Le constructeur développe ainsi depuis plusieurs années différentes démarches de réemploi et de remise en état de composants et d’organes mécaniques, avec pour objectif de prolonger leur cycle de vie tout en garantissant des niveaux élevés de qualité et de performance.

Cette approche permet non seulement de réduire l’empreinte carbone associée à la fabrication de nouveaux équipements, mais aussi de proposer des alternatives économiquement attractives pour les exploitants.
Une vision largement partagée par Emmanuel Vincent, représentant de Sampa, qui a souligné le rôle croissant des acteurs spécialisés dans la rénovation, la réparation et la remise à niveau des pièces destinées aux véhicules industriels.
Face à l’augmentation du coût des composants, à la nécessité de maîtriser les dépenses d’exploitation et aux tensions sur certaines chaînes d’approvisionnement, les transporteurs recherchent de plus en plus des solutions leur permettant de prolonger la durée de vie de leurs véhicules sans compromettre leur fiabilité.

Aux côtés de Pierre Masclet pour Renault Trucks et d’Emmanuel Vincent pour Sampa, les échanges ont montré que l’économie circulaire prend progressivement une place stratégique dans le transport routier de marchandises. Dans un contexte marqué par la recherche de compétitivité, la tension sur certaines ressources et les objectifs de décarbonation, le reconditionnement apparaît comme un levier permettant simultanément de réduire l’empreinte environnementale des véhicules, d’optimiser leur coût total de possession et de renforcer l’autonomie industrielle européenne.
Les débats ont également mis en lumière l’émergence d’une véritable filière du remanufacturing, mobilisant constructeurs, équipementiers, réparateurs et fournisseurs spécialisés. Une dynamique qui contribue à la création de valeur sur le territoire tout en limitant la dépendance à certaines importations de composants.
Retrouvez le replay de la table ronde « Reconditionnement des véhicules industriels : fin de vie, un enjeu écologique et économique ! »
Plus que le véhicule, c’est désormais l’énergie qui est au cœur du défi
S’il existe un sujet ayant fait consensus parmi l’ensemble des intervenants, c’est bien celui de la recharge.
Le développement de flottes électriques de grande taille implique des besoins énergétiques considérables. Nombre de sites logistiques ou de dépôts de transporteurs n’ont pas été dimensionnés pour accueillir plusieurs mégawatts de puissance électrique, créant parfois un décalage entre les ambitions de décarbonation et les capacités réellement disponibles.
Les délais de raccordement, les investissements nécessaires et la disponibilité des infrastructures apparaissent comme les principaux freins au déploiement massif des véhicules électriques.

Face à cette réalité, les échanges ont mis en lumière l’importance d’une approche collective associant gestionnaires de réseau, énergéticiens, collectivités territoriales, transporteurs et industriels.
Car la réussite de la transition ne dépendra pas uniquement des performances des véhicules, mais également de la capacité de l’ensemble de l’écosystème à organiser la production, le stockage et la distribution de l’énergie.
Concurrence chinoise : entre vigilance et opportunités
Autre sujet largement débattu : la montée en puissance des constructeurs chinois sur le marché européen.
Longtemps perçus comme des acteurs émergents, ceux-ci apparaissent aujourd’hui comme des concurrents crédibles, notamment grâce à leur avance acquise dans certains domaines liés à l’électrification.
Les représentants européens ont rappelé les atouts considérables dont dispose l’industrie continentale : qualité des réseaux commerciaux, expertise technique, proximité avec les clients, capacité d’accompagnement et connaissance fine des usages.
Mais tous reconnaissent également que la compétition mondiale s’intensifie.
Cette évolution soulève une question centrale : comment accélérer la transition écologique tout en préservant une base industrielle forte en Europe ?
L’enjeu dépasse largement la seule question du transport. Il concerne la capacité du continent à maintenir des compétences stratégiques, des emplois qualifiés et une autonomie technologique dans des secteurs clés pour l’avenir.
Deux tables rondes ont abordé cette concurrence chinoise et le bouleversement que cela représente sur le marché :
Véhicules utilitaires : comment répondre à la concurrence chinoise ?
Poids lourds : faut-il avoir peut des constructeurs chinois ?
Le « battery swapping », une solution à suivre de près
Parmi les innovations présentées, les solutions d’échange automatisé de batteries ont suscité un fort intérêt.
Déjà déployée à grande échelle dans certaines régions du monde, cette approche consiste à remplacer une batterie déchargée par une batterie pleinement chargée en quelques minutes, limitant ainsi les temps d’immobilisation des véhicules.
Sans prétendre remplacer les infrastructures de recharge traditionnelles, cette technologie pourrait apporter des réponses complémentaires sur certains usages intensifs ou sur des corridors logistiques spécifiques.
Les échanges ont montré que l’écosystème européen reste attentif à ces nouvelles approches, conscient qu’aucune technologie ne permettra à elle seule de répondre à la diversité des besoins du transport routier.
Une transformation qui appelle davantage de coopération
Au-delà des technologies, cette rencontre a surtout fait émerger une conviction forte : aucun acteur ne pourra réussir seul.
Le constructeur a besoin du transporteur pour comprendre les usages. Le transporteur a besoin du chargeur pour construire des modèles économiques viables. L’ensemble de la chaîne dépend des énergéticiens pour garantir l’accès à l’énergie, tandis que les pouvoirs publics restent des partenaires essentiels pour accompagner la transformation.
Cette interdépendance explique pourquoi les notions de coopération, d’écosystème et de filière sont revenues de manière récurrente dans les débats.
La transition énergétique du transport routier apparaît désormais moins comme un défi technologique que comme un défi d’organisation collective.
Adhérents CARA : les enseignements à tirer
Pour les entreprises du réseau CARA, plusieurs enseignements ressortent clairement de cette rencontre :
- l’électrification du transport routier de marchandises poursuit sa montée en puissance ;
- les infrastructures énergétiques deviennent un facteur déterminant de compétitivité ;
- les décisions d’investissement sont désormais largement guidées par la logique du coût total de possession, bien au-delà du seul prix d’achat ;
- le reconditionnement et l’économie circulaire s’imposent progressivement comme des leviers complémentaires de décarbonation ;
- la concurrence internationale s’intensifie, en particulier sur les technologies liées à l’électrique ;
- de nouvelles solutions émergent, comme l’échange de batteries ou le stockage stationnaire d’énergie ;
- les opportunités de marché se situent autant dans les services, l’énergie, le reconditionnement et les équipements que dans le véhicule lui-même.
Plus largement, les débats ont confirmé que la décarbonation du transport de marchandises ne pourra être accélérée qu’à travers une mobilisation collective de l’ensemble de la chaîne de valeur.
Ils ont également rappelé que la transition ne se résume pas au déploiement de nouvelles technologies. Elle passe aussi par une meilleure valorisation des ressources existantes, à travers le réemploi, la réparation et le reconditionnement des véhicules et de leurs composants. Une approche qui conjugue performance environnementale, compétitivité économique et souveraineté industrielle.
La question n’est plus seulement de savoir comment remplacer les motorisations thermiques. Il s’agit désormais de construire un écosystème performant, résilient et compétitif capable de répondre simultanément aux exigences environnementales, économiques et industrielles.
En d’autres termes : accélérer la transition, sans renoncer à notre souveraineté industrielle.
La coopération entre transporteurs, chargeurs, industriels, énergéticiens et pouvoirs publics vous semble-t-elle suffisante aujourd’hui pour atteindre les objectifs de décarbonation ? Quels leviers devront être activés en priorité pour concilier compétitivité, transition énergétique et souveraineté européenne ?